Wann-Chlore

Honoré de Balzac
Lettres de Picardie

La rue de l'Ancien-monastère à Chambly, dans le sud de l'Oise
La rue de l'Ancien-monastère à Chambly, dans le sud de l'Oise
"Ce jour-là, un jeune homme monté sur un cheval fougueux courait à bride abattue en traversant le village de Chambly. Le cavalier était suivi par un domestique également à cheval…"

"Tout Chambly s’en doutait déjà, et tout Chambly le désirait…" Chambly, alors tranquille village du sud de l’Oise, est l’un des théâtres principaux de l’intrigue de Wann-Chlore, souvent considéré comme le dernier roman de jeunesse de Balzac.
Avec ce récit superbe, puissant et pourtant méconnu, le jeune écrivain témoigne d’une maturité impressionnante: c’est l’oeuvre d’un très grand romancier, qui sait à la fois pénétrer les ressorts profonds de l’âme humaine -, comme si, à vingt-six ans, il avait déjà tout vécu ! -, et tenir ses lecteurs en haleine jusqu’à l’ultime page, l’ultime ligne même ! Au fil des rebondissements innombrables de cette histoire d’un homme partagé entre deux femmes sublimes, deux "anges", Balzac passe du marivaudage badin et plein d’humour au romantisme échevelé et au pathétique le plus théâtral. Comme s’il voulait essayer, dans ce galop d’essai déjà magnifique, toutes les nuances de sa future palette d’écrivain magistral.
Le tout se déroule, pour une bonne part, dans "cette vallée enchanteresse" dessinée par le cours de l’Oise. Les lecteurs de Wann-Chlore ne pourront plus traverser Chambly, sans entendre le pas du cheval d’Horace de Landon, habité par ses amers souvenirs, ou chercher des yeux les boucles claires de la douce Eugénie…

Cet ouvrage a été réalisé avec le soutien des Bibliothèques d’Amiens Métropole.

Premières pages du roman

— Il est donc riche, madame ?
— Oh ! très riche, car il a un intendant ; quand je dis un intendant, c’est plutôt une espèce de maître Jacques cumulant les fonctions de valet de chambre, d’écuyer, de maître d’hôtel.
— En tout cas, s’il est riche, il n’est guère poli…
— Comment cela, ma chère amie ?
— Comment ?… Ne nous devait-il pas une visite ? Quand on arrive dans un pays, qu’il s’y trouve des gens comme il faut, il me semble que l’usage exige…
— Certes, ma chère fille, tu en vaux bien la peine ; mais un jeune homme qui nage dans l’opulence n’a guère besoin de deux pauvres recluses comme nous.
— Au surplus, sa visite ne nous est pas de grande privation ; nous nous sommes, Dieu merci, bien passé de lui jusqu’à présent ; et d’ailleurs nous ne sommes pas venues au village pour recevoir.
— C’est vrai… Mais, écoute: une connaissance est toujours agréable, on trouve à qui parler, on peut jouer le soir, et cela donne toujours un peu de distraction. Il est dur, ma chère amie, après avoir été dans la splendeur, entourée de gens d’esprit, à la tête d’une bonne maison, de se voir confinée dans une campagne, à dix lieues de Paris, et loin des secours en cas de maladie.
Ici l’on entendit du bruit à la porte du salon, mais l’entretien était par trop animé pour que les deux dames fissent attention à quelque chose.
— Et à qui le dites-vous ? répondit-elle. Croyez-vous, madame, que je m’y trouve bien, lorsque j’ai toujours exécré la campagne, quand mon rang, mes habitudes, mes goûts m’appellent à Paris, que je ne reverrai peut-être jamais ?… À trente...

Analyse de Wann-Chlore

L’attaque du roman est remarquable:
-Il est donc riche, madame ?
-Oh ! très riche, car il a un intendant…
-En tout cas s’il est riche, il n’est guère poli…
Ce dialogue percutant se déroule dans une jolie maison située au commencement de Chambly. Trois personnes y participent: la marquise d’Arneuse, sa fille Eugénie et sa mère Mme Guérin. Elles parlent d’Horace Landon, qui habitait à l’autre bout de Chambly dans une belle maison séparée de toutes les autres.
Pourquoi Chambly, ce village situé dans cette vallée pittoresque que la rivière de l’Oise embellit de ses gracieux détours, couronnée de vastes forêts, divisée en vallons romantiques ? De 1817 à 1819, Balzac effectua d’heureux séjours tout près de là, à l’Isle-Adam, chez un ami de son père. Il visita et apprécia beaucoup les environs qu’il décrit ainsi dans Wann-Chlore: Une foule de villages sont disposés avec tant d’élégance qu’on les dirait jetés là pour servir aux caprices d’un pinceau. Et c’est Chambly qu’il choisit pour y faire vivre ses héros durant une grande partie de l’oeuvre.

Les deux premiers chapitres présentent les personnages et expliquent leur présence à Chambly. Les trois femmes ont quitté Paris pour des raisons financières: M. Guérin, riche bourgeois avide de noblesse, a marié sa fille à un noble désargenté, le marquis d’Arneuse qui les a ruinés – tous deux sont morts, le père de chagrin en raison de sa ruine et le mari à la suite d’un duel. Quant à Horace, il s’est retiré au village à la suite d’une déception amoureuse (Wann-Chlore, Wann la pâle est simplement évoquée à ce stade de l’histoire). Deux personnages secondaires, les domestiques Rosalie et Nikel, mènent une intrigue parallèle et participent activement aux chassés-croisés sentimentaux qui suivent. Même le village joue son rôle: Tout Chambly s’en doutait déjà et tout Chambly le désirait.

La conception, l’écriture, les corrections et l’impression de l’ouvrage demandèrent trois ans  (1822-1825). Sa genèse se trouve dans la liaison de Balzac avec Mme de Berny, voisine de ses parents et fille d’un professeur de harpe (Wann-Chlore en joue divinement). Exalté et passionné, il lui donnait des rendez-vous nocturnes. Eugénie et Horace vivront de pareils moments sous la même lune: Un nuage unissant les couleurs de la nacre à celles du bronze approcha de la reine des nuits, en  couvrit la face argentée, et, dans le champ d’azur qu’il abandonnait, une étoile scintillante parut, qui lança une lumière vive et pure...
Lire la suite de l'analyse de Jean Pierre Steckiewiez à la fin du roman.

L'auteur: Honoré de Balzac


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(Roman de 360 pages
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