Roland Dorgelès

Jean-louis Andreani
Auteurs

Roland Dorgelès, pseudonyme de Roland Lacavelé, est né à Amiens (Somme), au 49 (aujourd’hui 71) rue Vascosan, le 15 juin 1886, de parents picards de pure souche. Son père marchand de tissu et sa mère ne s’entendent pas. Il connaît une enfance triste et difficile. Avant que sa famille ne quitte la Picardie pour la capitale, il a l’occasion de rencontrer Jules Verne et lui reproche la disparition du capitaine Némo à la fin de 20 000 lieues sous les mers.

A Paris il étudie aux Beaux Arts, devient journaliste à Sourire, Fantasio, Paris-Journal, Messidor, L’homme libre, dirigé par Georges Clémenceau. Il fréquente les cercles et les cabarets du Montmartre de l’avant-guerre, surtout Le lapin agile, où il sympathise avec les artistes bohèmes, peintres et écrivains importants de l’époque : Mac Orlan, Francis Carco, Apollinaire, Utrillo, Modigliani…

En 1914, bien que réformé deux fois, il s’engage dans l’infanterie, non par esprit guerrier, mais parce qu’il ne veut pas laisser aux autres le soin de défendre la patrie. Caporal dans les tranchées, il connaît les affres de la guerre. Blessé en 1915, il reçoit la Croix de Guerre. De cette expérience de soldat naît Les Croix de bois, chef-d’oeuvre qui le rend célèbre (il manque de peu le Goncourt 1919 : 4 voix contre 6 au roman A l’ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust). Ce bestseller, maintes fois réédité et porté à l’écran en 1932 par Raymond Bernard, masque en partie une oeuvre prolifique : plus de cinquante romans ! Cette oeuvre témoigne d’un idéalisme déçu par la faculté d’oubli, l’agressivité des peuples et de leurs dirigeants, l’incapacité de la jeune Société des Nations à préserver une paix qui aurait dû faire de la guerre de 14-18 la der des der. Dans ses feuilletons, articles polémiques et ouvrages, les profiteurs de guerre, les élus et les policiers représentent ses cibles favorites.

De 1910 à 1917, Roland Dorgelès fréquente Madeleine Borgeaud, rencontrée à Fantasio. En 1923 il épouse Hania Routchine, artiste lyrique d’origine russe. Avec elle il voyage en Indochine (La Route mandarine), en Afrique du Nord et en Russie.

En 1939, il devient correspondant de guerre de Gringoire, journal pamphlétaire animé d’un esprit ancien combattant et proche de l’Union nationale dirigée par Raymond Poincaré. Il le quitte en 1941, quand cet hebdomadaire politique et littéraire adopte un ton fasciste et antisémite. Il se réfugie à Cassis puis en Haute-Garonne pour échapper à la Gestapo et met à profit cette période pour écrire
Vacances forcées et Carte d’identité.

Membre de l’académie Goncourt depuis 1929 – il succède alors à Georges Courteline – il en devient président en 1954. Il le restera jusqu’à sa mort.

Sa femme décède en 1960. En 1961, il épouse Madeleine Masson, qu’il connaît depuis 1930.
Jusqu’à sa disparition à Paris le 18 mars 1973 – il a presque 87 ans –, Roland Dorgelès symbolise les Anciens Combattants, dont il assure la présidence non pour glorifier la guerre, mais pour garder la mémoire de ceux qui l’ont faite malgré eux.

Hormis l’incontournable roman Les Croix de bois, j’ai beaucoup apprécié Partir (1928) et Le Château des brouillards (1932).

L’Association des écrivains combattants, fondée en 1919, réunit des gens de lettres parmi les plus éminents, ayant porté les armes pour la France. Longtemps présidée par Roland Dorgelès, elle décerne chaque année depuis 1996, en collaboration avec le ministère de la Culture, le prix Roland Dorgelès à deux professionnels de l’audiovisuel distingués pour leur attachement à la langue française.

Notes sur l'écrivain par Jean-Pierre Steckiewiez

Roman de Dorgelès édité par le Trotteur Ailé

Le Réveil des morts, édité en 2010 dans la collection Lettres de Picardie