Miarka, la fille à l’ourse

Jean Richepin
Lettres de Picardie

La rivière Oise à Ohis
La rivière Oise à Ohis
"En patois de la Thiérache, on désigne sous le nom de merlifiches et merligodgiers les Bohémiens errants, chaudronniers en maisons roulantes, tondeurs de chevaux, diseurs de bonne aventure, marchands de remèdes à sortilèges, danseurs de corde et montreurs d’ours…"

Depuis des siècles, une mystérieuse tradition ramène les Bohémiens, qui s’en vont sur les routes, vers la petite vallée des sources de l’Oise où se cache le village d’Ohis. C’est dans ce coin de la Thiérache verdoyante et bocagère, au nord-est du département de l’Aisne, que naît Miarka, dans des circonstances tragiques qui lui donneront une ourse pour nourrice. La petite fille a un destin : devenir reine des Romani. Accomplira-t-elle ce qu’annoncent les tarots ?
Miarka, la fille à l’ourse est l’un des livres les plus connus de Jean Richepin. Ses racines familiales à Ohis ont permis à l’académicien d’écrire, à la fin du XIXe siècle, ce grand roman populaire, traversé par le choc des cultures entre les Bohémiens vagabonds, buveurs de vent, assoiffés d’espace, et les paysans de la Thiérache. Adapté plusieurs fois au cinéma, La fille à l’ourse conduit le lecteur du rire aux larmes, de la joie au drame, de la vie bien réglée des champs et de l’alternance des saisons à l’existence aventureuse de Miarka et des siens.

Premières pages du roman

Le village semblait dormir, désert et morne, sous le poids de cet après-midi d’août, sous cette flambloyante chaleur qui avait éparpillé tout le monde aux champs.
C’est qu’il faut profiter vite des belles journées, au pays de Thiérache, humide région de bois, de sources et de marécages, voisine de la Belgique et peu gâtée par le soleil. Un coup de vent soufflant du nord, une tournasse de pluie arrivant des Ardennes, et les buriots de blé ont bientôt fait de verser, la
paille en l’air et le grain pourri dans la glèbe. Aussi, quand le ciel bleu permet de rentrer la moisson bien sèche, tout le monde quitte la ferme et s’égaille à la besogne. Les vieux, les jeunes, jusqu’aux infirmes et aux bancroches, tout le monde s’y met et personne n’est de trop. Il y a de la peine à prendre et des services à rendre pour quiconque est à peu près valide. Tandis que les hommes et les commères ahanent aux rudes labeurs, les petits et les marmiteux sont utiles pour les oeuvres d’aide, étirer les liens des gerbes, râteler les javelles éparses, ramoyer les pames cassées par la corne des fourches, ou simplement émoucher les chevaux, dont le ventre frissonne et saigne à la piqûre des taons et dont l’oeil est cerclé de bestioles vrombissantes.
Ces jours-là, il ne demeure au logis que les très vieilles gens, les impotents qui ne sauraient plus même aller jusqu’aux premières haies derrière les granges. Chacun chez soi, devant l’âtre toujours braisillant malgré l’été, ils chauffent silencieusement leurs maigres carcasses. Les anciens fumaillent à petits coups leurs petites pipes coiffées d’une calotte de cuivre. Les aïeules...

Analyse de Miarka la fille à l’ourse

Dans ce roman populaire, publié en 1883, nous sommes loin de l’anarchiste de la Chanson de Gueux (1876), mais nous retrouvons le goût de l’auteur pour les marginaux de son époque, les Bohémiens en l’espèce. Plantons d’abord le décor. Ohis, village au pays de la Thiérache, humide région de bois, de sources et de marécages, voisine de la Belgique et peu gâtée par le soleil (deuxième phrase du texte). Or le beau temps règne durant la majeure partie du récit et l’auteur écrit même: C’est un délicieux et fin paradis, que ce pays de Thiérache, lorsque arrive le renouveau (livre sixième, chapitre 1).

Résumons maintenant l’histoire. Miarka naît dans de terribles circonstances à Ohis, lieu de passage privilégié des Bohémiens. Sa grand-mère, condamnée à rester sur place sous la protection du maire, l’élève et l’instruit dans l’idée qu’elle est destinée à devenir la reine des Romani – les tarots l’ont annoncé. L’intrigue se déroule au XIXe siècle, le passage des Bohémiens inquiète et réjouit à la fois les sédentaires. Ces vers d’une chanson romanée traduisent bien la différence entre les deux modes de vie:
Poussière je ne te crains pas.
Je t’avale à pleine gorge.
Tu altères les autres hommes.
Tu rafraîchis les Romani.

Le choix des personnages permet à Jean Richepin de confronter ces deux mondes.
D’une part les notables de la commune: le maire, riche, désoeuvré, cherchant perpétuellement à assouvir sa passion: l’écriture de monographies locales (voilà la vraie science) liées à l’histoire des Bohémiens dont il cherche à percer les secrets, monographies aux titres pompeux (L’influence de la civilisation ambiante sur l’atténuation des caractères sauvages chez les nomades fixés…) qu’il présente à l’Académie de Vervins ; le curé d’une remarquable tolérance (Je suis un pasteur d’âmes, un pasteur seulement et non un chasseur…), amoureux de poésie latine dans laquelle il verse avec délectation ; l’instituteur moraliste et scribe appointé du maire ; le garde-champêtre imbu de sa fonction et qui ne songe qu’à dresser procès-verbal.
Lire la suite de l'analyse de Jean Pierre Steckiewiez à la fin du roman.

L'auteur: Jean Richepin


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(Ouvrage de 248 pages au prix de
13,80€)


Thèmes du livre : Aisne, Littérature, Thiérache