Le Tourbier

Léon Duvauchel
Lettres de Picardie

Ancienne tourbière, entre Long et Le Catelet dans la Somme
Ancienne tourbière, entre Long et Le Catelet dans la Somme
"Et depuis ces jours-là, toutes les routes du Ponthieu, dans le haut pays ou dans les vals, vers les villages ou les bourgs, étaient suivies par les longs chariots bas, aux ridelles évasées, chargées à déborder de briques écrasées, par-ci, dans les ornières, émiettées, par-là, devant les portes des débits où les lourds attelages stationnaient, le temps d’un picotin ou d’une bistouille…"

Un gars est épris d’une fille, mais la belle en aime un autre… L’histoire est vieille comme le monde, mais c’est Léon Duvauchel qui la raconte. L’écrivain, lui-même amoureux de la Picardie, situe son récit près d’Abbeville dans le Ponthieu humide et verdoyant.
Avec Le Tourbier, l’auteur de L’Hortillonne et de La Moussière emporte le lecteur dans les flots de ses longues phrases tourbillonnantes, dans sa langue si particulière: mélange d’expressions populaires du parler picard avec le français du XIXe siècle. Sans oublier la minutieuse profusion du détail, autre marque de Duvauchel, lorsqu’il évoque de façon superbe un métier disparu: celui du tourbier cassé en deux sur son louchet, qui arrachait à la terre picarde la tourbe, cet or brun aux relents végétaux. Une femme, deux hommes, la Picardie… Léon Duvauchel marie avec bonheur peinture somptueuse des paysages, lyrisme parfois teinté de mélancolie, mais aussi de soudains traits d’humour ; il se fait poignant pour décrire le déchirement d’une séparation entre des êtres simples, que chacun pressent définitive. Et puis, la Picardie avec ses saisons, ses paysages, ses hommes et ses coutumes, elle est un personnage à part entière du roman – en fait le personnage central. La plus belle histoire d’amour du livre, celle qui finit bien, lie Duvauchel à cette région, qu’il aima au point de se trouver une ascendance picarde, jamais vérifiée…

Premières pages du roman

— Faut l’empêcher de passer, dites, monsieur Emile ? Ça sera drôle !… Elle trotte comme une perdrix dans ces oeillettes. Si nous restons là, au bord de l’entaille, elle nous laissera bientôt en arrière… Au pont, plus moyen de babiller, rapport à ces maisons. Tenez, bougez pas. Je vas me mucher derrière ces lins, pour l’attraper.
Le grand jeune paysan patoisant écarquillait ses yeux bleus, s’éjouissait à la pensée d’une bonne farce inoffensive.
L’autre, demi-citadin, demi-campagnard, le retenait:
— Minute ! Tiens-toi tranquille. D’ailleurs, crois-tu que ce soit Modestine ?
— Parbleu ! J’ai bonne vue, allez ! De la briqueterie, près de chez nous, dans la plaine, j’aperçois le coq de ce clocher d’Ailly, aussi net que vous voilà.
— Allons, Tiot Mond, laisse-la, cette fille… Elle est sans doute pressée et ne songe pas à rire.
— Fut-che ! nous lui en donnerons envie. Qui naît femme aime à caqueter… Gentille comme tout, pas vrai ?… Et subtile, avec ça !
— Parole ! tu es fou. Quelle gaieté, ce soir… par extraordinaire ! Est-ce notre promenade qui… ?
— J’ai idée qu’oui. Je suis aise comme un tiot chat. Vous m’avez dit un tas de choses gran’ment intéressantes. Et puis, le temps est chantant, quoi ! Y a des fleurs partout: sur ces iris et sur ces reines-des-prés, ainsi que vous dites, vous qui savez le nom de tout… D’écouter piailler ces moigneaux, ça vous met en train de rire.
Son compagnon le savait bien, assurément, que c’était Modestine, la tiote à Lequesnois, le tisserand du Catelet. Elle ...

Analyse du Tourbier

Dans le premier chapitre, Une blonde entre deux blonds, Léon Duvauchel présente les trois principaux personnages de son roman. Elle, la belle Modestine, fille du tisserand de Long (Somme) ; eux, Florimond Pauquet dit Tiot Mond, le rustaud, tourbier de père en fils, et Emile Jacquin, le délicat, comptable à l’usine de tissage et fils de l’aubergiste.
Modestine préfère M. Emile, mais ne rejette pas Tiot Mond, tout en acceptant en cadeau la bague de M. Majesté, le marchand de tourbe… Bien des personnages s’ajoutent à ce quatuor: les parents, M. et Mme Cloque, Adriéna la soeur de Tiot Mond, M. Bosc, Tiot Fé le berger, Tiot Nisse et d’autres aux noms que Léon Duvauchel n’a pas choisis innocemment…

Là, chers lecteurs, je sens votre inquiétude à mon sujet. Vous vous dites: Ce n’est pas possible, il oublie un personnage essentiel, omniprésent, le plus important peut-être : la PICARDIE, le Ponthieu plus précisément, région d’étangs, de rivières et de forêts, paradis des chasseurs et des pêcheurs.
L’auteur lui consacre des paragraphes entiers: Le tourbage de M. Majesté (chapitre 4) nous livre les secret de l’extraction réglementée de la tourbe avec ses métiers afférents: tireur, coupeur, brouetteur, déchargeur.Pour en savoir plus, consultez le site du charmant village de Long ou alors La tourbe. Histoire de l’extraction de la tourbe à Long (Somme). Ces sites sont d’une richesse et d’un intérêt remarquables.
Avec Picardia nutrix (chapitre 5) s’érige en véritable allégorie: Salut Picardie blonde et verte, Picardie nourricière… Et plus loin: Un souffle de bien-être pastoral, une douceur d’idylle rustique circulent en ces paysages aux lignes sévères. Du Virgile peint. Impressions que cette annonce de l’arrivée
du printemps complète (chapitre 13) : La Picardie est jeune fille, ce matin. Ca sent bon, ça chante, ça rayonne....
Lire la suite de l'analyse de Jean Pierre Steckiewiez à la fin du roman.

Léon Duvauchel


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