Le Sang de l’Autre

Philéas Lebesgue
Lettres de Picardie

Le château de Troissereux, dans l’Oise, l’un des lieux du Sang de l’Autre
Le château de Troissereux, dans l’Oise, l’un des lieux du Sang de l’Autre
"Qui ne connaît Troissereux, avec sa vallée verdoyante où sinue le Thérain parmi les peupliers ? Qui ne connaît Troissereux au bas du coteau de Montmille, où fut décapité saint Lucien ? Le coquet village, si voisin de Beauvais, si cher aux pêcheurs de truites ! Qui ne s’est arrêté à contempler son château reflété dans l’étang tout proche?…"

Forteresses massives, souterrains sombres et humides, seigneurs prompts à dégainer l’épée, dignitaires religieux experts en luttes de pouvoir, sorcellerie, superstitions…
C’est un Moyen Âge de légende dans lequel Philéas Lebesgue entraîne son lecteur, avec ce roman qui ravira les amoureux de l’Histoire et de l’Oise, puisqu’il se déroule au xve siècle, pour l’essentiel entre Troissereux, Hannaches et Beauvais. Admirateur passionné de l’époque médiévale, Philéas Lebesgue projette ses propres aspirations spirituelles, ses propres tourments aussi, dans la vie souvent tragique de ses héros. Un souffle puissant traverse ces pages tour à tour sombres, exaltées, remplies de poésie et de descriptions admirables de cette campagne où Philéas Lebesgue passa sa vie. Car l’auteur emblématique du Beauvaisis s’appuie sur des lieux familiers et des personnages historiques réels – le lecteur croise même Jeanne Hachette, l’héroïne de Beauvais – pour faire revivre l’histoire mouvementée de cette région qui l’inspira plus que tout.
Et qui sert de toile de fond à Le Sang de l’Autre, comme à Terre picarde (déjà réédité en 2008 par la collection Lettres de Picardie).

Premières pages du roman

Qui ne connaît Troissereux, avec sa vallée verdoyante où sinue le Thérain parmi les peupliers ? Qui ne connaît Troissereux au bas du coteau de Montmille, où fut décapité saint Lucien ? Le coquet village, si voisin de Beauvais, si cher aux pêcheurs de truites ! Qui ne s’est arrêté à contempler son château reflété dans l’étang tout proche ? Au temps du bon roi Louis XI, où il nous faut remonter pour retrouver vivants les personnages de notre histoire, Troissereux, renommé déjà dans tout le Beauvaisis pour la beauté de ses filles, était devenu, après maintes vicissitudes de guerre, le fief du comte Georges de Bissipat, seigneur d’Hannaches et de Blicourt, descendant proscrit des empereurs de Byzance.
Laissez-moi tout de suite vous conduire en l’une des tours du castel, où le noble prince agonise. Derrière les hauteurs environnées des clartés fauves d’un crépuscule de juin, le soleil rouge roule et saigne comme une tête maudite de décapité que saisissent déjà par les cheveux les mains d’ombre de la Nuit. Dans le lointain, du côté de l’Est, s’allument les feux solsticiaux de la Saint-Jean.
Mais le comte moribond a fait fermer les volets et les portes, et l’obscurité serait complète en la haute chambre voûtée sans la flamme hésitante d’une veilleuse posée sur le trépied de fer, au chevet du lit sculpté. Une épée suspendue au mur laisse luire dans l’ombre une améthyste. Ses paroles, hachées de fièvre, s’exhalent par saccades des lèvres violettes.
— Que personne ne me voie mourir, personne ! Pas de prêtre non plus ! Il y a assez de corbeaux autour de ces murs ! Je suis fils d’empereurs ; je puis parler à Dieu seul. Ce que j’ai fait, la nuit seule l’a vu ; ce que je sais, je prétends que nul après moi ne le sache. Ceux qui viendront, vivront leur sort comme ils pourront ! ...

Analyse du Sang de l’autre

Comme il le fera plus tard dans Terre picarde (réédité en 2008 par la collection Lettres de Picardie), Philéas Lebesgue choisit son Beauvaisis natal comme décor de ce roman qui se déroule au xve siècle, durant le règne du "bon roi Louis XI". Celui-ci était alors en lutte contre son adversaire juré, l’ambitieux duc de Bourgogne qui mourra en 1477 devant Nancy. Cette mort entraînera l’annexion définitive de la Picardie au royaume de France.

Nous assistons dans le prologue à la mort de Georges de Bissipat, seigneur d’Hannaches (où la dalle funéraire dudit seigneur est toujours visible en l’église Saint-Sulpice), de Troissereux et de Blicourt. Une mort terrible, sans prêtre, presque solitaire selon sa volonté : seule sa fille Blanche l’assiste un instant, puis son valet Ismaïl à qui Georges de Bissipat, descendant proscrit des empereurs de Byzance, demande de brûler le contenu d’un coffret et de passer au feu son épée maudite.

Quels secrets cèlent ce coffret et cette épée ? Suffisamment pour apporter aux descendants du comte, pendant deux générations, des malédictions sous forme d’effroyables jalousies, d’adultère et d’incestes aux conséquences funèbres : Blanche, sa fille déchirée, chérira Foulques de Nointel et Jacques de Milly, dans la première partie de l’ouvrage ; Marie et Eve, ses petites-filles, aimeront un Maxime de Villers-Saint-Paul déchiré (à moins que ce ne soit Nointel), dans la seconde partie. Autour d’eux gravitent des ennemis (Le redoutable comte-évêque de Beauvais ; Gaspard de Monceau l’amoureux éconduit…) et des amis (Pierre de Morvillers ; l’abbé de Villers-Saint-Paul ; Ismaïl, le seul personnage important n’appartenant ni à la noblesse ni au clergé…).

Ce roman montre une richesse étonnante en rebondissements et chassés-croisés. Les chapitres, courts, portent des titres évocateurs qui incitent le lecteur à s’interroger et à lire (Les chapitres 3, 4 et 5 de la première partie, par exemple: L’obstacle, Le sort complice, Le guet-apens).
Le style est souvent imagé tant dans le décor (Derrière les hauteurs environnées de clartés fauves d’un crépuscule de juin…
Lire la suite de l'analyse de Jean Pierre Steckiewiez à la fin du roman.

L'auteur: Philéas Lebesgue


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Thèmes du livre : Littérature, Oise, Philéas Lebesgue