Le Retour à la terre

Maurice Thiéry
Lettres de Picardie

Le Catelet, l’un des villages du Vermandois qui fournissent le cadre du Retour à la terre
Le Catelet, l’un des villages du Vermandois qui fournissent le cadre du Retour à la terre
"Les deux fils de M. Gerbaux, riche fermier de Bellicourt, Jules Michel, marchand grainetier  d’Hargicourt, le père maltouse, de Nauroy. Le maréchal ferrant de Bony et un groupe de fils d’amis, quelques jeunes libérés du service. Des faces rougeaudes luisaient sous des casquettes neuves"…

Martial, jeune paysan du Vermandois libéré du service militaire, veut tenter sa chance à Paris au désespoir de sa promise, Mésange. C’est le point de départ du Retour à la terre, qui campe la vie de la campagne picarde au lendemain de la Grande Guerre. Ce roman rural est ainsi le pendant, version masculine et cinquante ans après, de la savoureuse Belle picarde: dans ce plaisant roman de Fernand Bertaux, réédité en 2008 dans la même collection, c’est une jeune paysanne du Vermandois qui se brûlait les ailes aux lumières vénéneuses de la capitale.
Le Retour à la terre est un roman populaire, dans la veine des romans feuilletons, avec ses personnages taillés tout d’une pièce – la chaste paysanne contre l’aristocrate dépravé… – et un art certain pour tenir le lecteur en haleine. Vous n’oublierez pas le face-à-face pittoresque entre la courageuse Mésange et les "apaches" parisiens dont l’auteur, à l’évidence, maîtrisait à merveille l’argot légendaire… Mais ce petit livre est aussi, comme le voulait Maurice Thiéry, un "roman d’actualité" de son époque, publié en pleine crise des années 30. A travers les aventures des deux fiancés du Vermandois, ce roman au charme désuet raconte la France rurale de la IIIe République, déjà bousculée dans ses valeurs et ses repères par les mutations du monde moderne.

Premières pages du roman

LE RETOUR DE LA CLASSE
On est à la fin d’octobre.
Ces jours d’automne sont exquis lorsque le soleil se montre à travers la gaze lumineuse de nuages d’argent légers, furtifs et rares.
Le grand marché annuel du Câtelet bat son plein.
Mais il prend le deuxième rang comme événement local.
Depuis quarante-huit heures le pays résonne de la joie des gars de retour et des actions de grâces des mères et des promises. Actions de grâces où se mêle aux remerciements à l’adresse du ciel clément un bruit de vaisselles remuées et, en guise d’encens familial, une bonne odeur de rôti et de pâtisseries exceptionnelles.
Dans leur costume civil fripé par dix-huit mois de paquetage, tous ces jeunes gens, martialisés par leur séjour à la caserne, arrivent par différentes voies, selon le lieu où ils ont accompli leur service militaire.
Martial Fortier, qui avait été envoyé en Allemagne, sur les bords du Rhin, ainsi que deux camarades, l’un de Bony, l’autre de Villeret, revenait par Saint-Quentin ; il débarquait dans la matinée, à la gare de Bellicourt, où l’attendaient le père et la mère Fortier, prévenus par télégramme.
Une autre dépêche avait été expédiée au Raidillon, petite ferme située à l’entrée du village, priant maman Dufrêne et sa fille de se trouver aux Murets pour le dîner.
Le fiancé de Gisèle Dufrêne n’avait pas plus tôt serré la main de son camarade, pressé de quitter la gare pour aller rejoindre sa famille, que les parents de Martial, tous deux tremblants d’émotion, sautaient sur lui, sur leur gars, et c’est à qui l’embrasserait le plus fort.
Ces étreintes n’allèrent point sans larmes, versées surtout par maman Fortier, qui, cependant, était une luronne...

Le Retour à la terre

Maurice Thiéry, comme Fernand Bertaux, a consacré un ouvrage aux dangers représentés par les attraits de Paris. Est-ce là l’unique similitude ?
Les actions se déroulent à un demi-siècle d’écart: les années 1870 pour La belle Picarde, 1922-1923 pour Le retour à la terre. Alors que la défaite de Sedan hante encore l’esprit des paysans du Vermandois dans le premier cas, la Grande Guerre, dans le deuxième cas, avait occasionné tant de victimes que l’agriculture manquait cruellement de bras, à tel point que l’on faisait appel à des travailleurs belges - et l’attirance de la capitale avait augmenté en raison des rencontres et des discussions entre soldats d’horizons différents.

Chez Bertaux, le resté Provincial, l’héroïne est une jeune femme et le gros de l’action se déroule à Paris, avec des incursions dans le Vermandois. Chez Thiéry, le devenu Parisien, le personnage principal est aussi une femme, mais l’essentiel de l’action se situe à Bellicourt, Hargicourt, Le Catelet, Bony, Nauroy, villages du Vermandois, avec des incursions à Paris.

La problématique des deux ouvrages s’avère différente: si les deux traitent de la migration des provinciaux vers la capitale, l’un narre l’ascension puis la déchéance d’une jeune fille qui tente l’aventure parisienne, l’autre les souffrances d’une fiancée dont le promis succombe au miroir parisien...
Lire la suite de l'analyse de Jean Pierre Steckiewiez à la fin du roman.

L'auteur: Maurice Thiéry


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(Ouvrage de 140 pages
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Thèmes du livre : Littérature, Somme, Vermandois