Le Meneur de Loups

Alexandre DUMAS
Lettres de Picardie

la forêt et le château de Villers-Cotterêts
la forêt et le château de Villers-Cotterêts
"Thibault, libre d’établir son domicile à l’endroit de la forêt qui lui serait le plus agréable, choisit le carrefour des Osières, situé au plus bel endroit de la forêt, à un quart de lieue d’Oigny et à trois quarts
de lieue de Villers-Cotterêts…"

Alexandre Dumas a situé ce roman fantastique, haletant, au coeur de la forêt de Villers-Cotterêts, dans l’Aisne. L’écrivain y déploie toute son imagination et son art du récit pour faire vivre Thibault le sabotier, le loup noir et tous les autres, qui se livrent à une sarabande d’enfer dans ce massif dont Dumas connaissait par coeur les layons et les futaies profondes : l’auteur des Trois mousquetaires est né et a vécu à Villers-Cotterêts, à l’ombre de ces arbres immenses et mystérieux.

Premières pages du roman

I  Le grand louvetier de monseigneur
C’était un rude veneur que le seigneur Jean, baron de Vez. Quand vous suivrez la belle vallée qui va du Berval à Longpré, vous verrez à votre gauche une vieille tour qui vous paraîtra plus haute et d’autant plus formidable qu’elle est isolée. C’est aujourd’hui la propriété d’un vieil ami de celui qui raconte cette histoire, et tout le monde est tellement habitué à son aspect, si terrible qu’il soit, que le premier paysan venu va chercher, l’été, l’ombre de ses hautes murailles sans plus de crainte que les martinets aux grandes ailes noires et aux cris aigus, et les hirondelles aux doux gazouillements, qui, chaque année, viennent y suspendre leurs nids. Mais, à l’époque dont nous parlons, c’est-à-dire vers l’an 1780, la demeure seigneuriale de Vez ne présentait pas le même aspect et n’offrait pas, il faut le dire, la même sécurité. C’était une bâtisse du douzième ou du treizième siècle, sombre et sévère, à laquelle, extérieurement du moins, la succession des années n’avait rien ôté de sa formidable physionomie. Il est vrai que la sentinelle au pas mesuré et au casque resplendissant ne se promenait plus sur ses remparts ; il est vrai que l’archer au cor aigu ne veillait plus dans sa tour ; il est vrai que deux hommes d’armes ne se tenaient plus à la poterne, prêts au moindre signal d’alarme, à baisser la herse et à lever le pont. Mais la solitude même de l’édifice, au centre duquel la vie semblait s’être retirée, donnait au sombre géant de granit, la nuit surtout, la terrifiante majesté des choses muettes et immobiles. Ce n’était cependant pas un méchant homme que le châtelain de cette vieille forteresse, et, comme disaient les gens qui, le connaissant plus à fond que le vulgaire, lui rendaient mieux justice, il faisait plus de bruit que de besogne et plus peur que de mal, aux chrétiens, bien entendu...

Analyse du Meneur de loups

"Bien qu’il ait plus d’une fois placé d’Artagnan sur les routes picardes (…), Alexandre Dumas ne fut pas un des Picards les plus attachés à la Picardie ; il avait pourtant élu domicile à Villers-Cotterêts dans l’Aisne où il naquit". Dumas semble lui-même avoir regretté cette réserve, soulignée par Jacques Guignet, dans le volume consacré à la Picardie de l’Encyclopédie Bonneton: l’édition originale du Meneur de loups comportait une introduction dans laquelle, dès les premières lignes, Alexandre Dumas s’interrogeait: "Pourquoi, pendant les vingt premières années de ma vie littéraire, c'est-à-dire de 1827 à 1847, ma vue et mon souvenir se sont-ils si rarement reportés vers la petite ville où je suis né, vers les bois qui l’environnent, vers les villages qui l’entourent ?"  Aussi, pour le plus fameux de ses récits fantastiques, non sans nostalgie au coeur, il choisit pour unique décor la forêt de Villers-Cotterêts, qu’il connaissait de l’allée la plus large jusqu’au layon le plus étroit, en chasseur invétéré et braconnier qu’il était dans sa jeunesse.
La forêt de Villers-Cotterêts avec sa multitude de lieux-dits et de villages: Berval, Bonneuil, Bourg-Fontaine, Coyolles, Erneville, Hamaront, Longpré, Noroy, Oigny, Pisseleu, Préciamont, Puiseux, Vertefeuille…
Lire la suite de l'analyse de Jean Pierre Steckiewiez à la fin du roman.

L'auteur: Alexandre Dumas


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