La Moussière

Léon Duvauchel
Lettres de Picardie

Roman forestier du Valois


L’ancienne auberge du Bon Accueil, au hameau de Vaudrampont, près de Saint-Jeanaux- bois, lieu de rencontre des personnages de La Moussière
L’ancienne auberge du Bon Accueil, au hameau de Vaudrampont, près de Saint-Jeanaux- bois, lieu de rencontre des personnages de La Moussière
"Sous le grand vent, les arbres s’égouttaient. Les herbes ruisselaient. Des flaques d’eau dans lesquelles il frappait à plat, l’alezan envoyait des jaillissures boueuses jusque sur les étriers. L’humidité de la terre et l’humidité de l’atmosphère se confondaient en un brouillard froid. Le soleil allait toucher l’horizon et teignait de jaune pâle le ciel, entre les fûts des hêtres, du côté du Hourvari."

Qui est la plus fascinante ? La femme ou la forêt ? La Moussière, héroïne du livre, sorte de "chiffonnière" de la forêt, est trop belle, trop libre. Sa vie, c’est celle du massif forestier de Compiègne, pour lequel Léon Duvauchel s’est pris de passion. Au point de s’y installer et d’en faire le décor de ce roman, plein des effluves, des bruits et des images de la forêt, de son épanouissement au printemps, son flamboiement à l’automne, son silence glacé à l’hiver. La Moussière, écrite il y a quelque 120 ans, montre combien la forêt de Compiègne fascinait déjà ceux qui l’admiraient et y vivaient. Alors comme aujourd’hui, on parle chasse et sylviculture, on guette les grands animaux, on s’exalte de chevauchées dans les allées sablonneuses. Les amoureux de la forêt de Compiègne retrouveront dans La Moussière toute la magie de ces futaies, de ces vallons secrets, de ces clairières silencieuses. Les autres seront pris par l’envie de partir, le livre à la main, découvrir le royaume de la Moussière.

Premières pages du roman

Dès avant l’aube, Claude était debout, ayant, aujourd’hui comme hier, comme demain, comme tous les jours, par tous les temps, à s’en aller bûcher sous bois. Au fond de la salle séparée par un couloir de la chambre d’où il sortait, il avait pris son carnier suspendu la veille au soir au milieu des outils et des débarras de toutes sortes.
Il cherchait, maintenant, dans la huche. Après s’être coupé un chanteau au gros pain de ménage et ayant fourgonné des deux mains, parmi la demi-obscurité, dans le coffre ouvert, il en laissa retomber le lourd couvercle de chêne.
Cela produisit un grand bruit.
— C’est-i que tu démolis no’ maison, à c’t’heure ? fit une voix venant du lit par les deux portes ouvertes, — une voix de femme
jeune, un peu grognon, à l’accent du Valois, si gai, si chantant, d’ordinaire.
— Les oeufs ?… Y en a donc mie ?
— Je les avons finis hier. Va voir dans c’poulailler, sous ces poules… ou dans ces herbes : elles pondont partout.
Il sortit par l’extrémité du couloir, entra dans le courtil et revint un peu après, tenant trois oeufs tout chauds qu’il engouffra dans le sac de cuir, avec le lard et le pain.
Et en furetant de nouveau dans le placard aux boiseries grises, il trouva sa canne, une branche de néflier écorcée et rougie au feu.
La femme s’était levée : elle arrivait auprès de lui :
— Tu ne saurais donc partir sans faire tout c’tapage ?… Ah ! quel homme !
— Voyons ; ma tiote Milla, faut pas s’fâcher. Recouche-toi un  tiot brin, si tu veux. J’trouverai bien ça tout seul, va...

Analyse de La Moussière, roman forestier du Valois

Azémilla dite Milla dite La Moussière, jeune femme à la beauté épanouie, est l’épouse de Claude, bûcheron plutôt sauvage de la forêt de Cuise. Elle a hérité ce surnom de sa mère ramasseuse de mousse et de mousserons pour les bourgeois et les officiers du port de Compiègne. Le roman narre sa liaison adultérine avec le baron André d’Emmericourt qui a pour projet d’écrire l’histoire archéologique, littéraire, anecdotique et pittoresque de sa forêt.

Sa forêt… N’est-ce pas d’abord celle de Léon Duvauchel lui-même, cette forêt de Cuise, ou de Compiègne, voisine de celle de Villers-Cotterêts si chère à Alexandre Dumas ? (Lire Le Meneur de loups, dans la même collection.) Le sous-titre Roman forestier du Valois est significatif. Nous découvrons nombre de personnages parfois truculents (On tue le ver à l’auberge avec une bouteille de vin blanc avant de tuer les lapins d’une charge de plombs numéro cinq...) qui vivent non seulement dans la forêt mais pour, de, avec, par elle: bûcherons, gardes, chasseurs à tir ou à courre, femmes occupées à la faînée, marchands de bois, charbonniers, rouliers…
La forêt est personnifiée (L’âme de la forêt accueillait ainsi le gentilhomme forestier). Les héros principaux la vénèrent, elle exacerbe leurs cinq sens (Il avait, pour se griser volontairement, bu de la forêt !), participe à leurs amours (brame et rut) dont elle est le refuge, elle joue les intermédiaires, elle juge (le taon qui poursuit La Moussière symbolise le remords).

L’action progresse lentement dans les dix-neuf premiers chapitres tant le décor imprègne, sensibilise et accompagne les personnages. La nature n’est-elle pas le seul livre que Milla sache lire ? Les titres des chapitres sont significatifs : Un hameau, Automne, La forêt conseillère… Comme toujours
chez Duvauchel, le travail des hommes et les traditions occupent une place non négligeable : le  boquillon, la Saint- Hubert, la Saint-Sabot… Dans les neuf derniers chapitres, l’action supplante le décor pour progresser crescendo vers le dénouement - annoncé lui aussi par les titres.
Lire la suite de l'analyse de Jean Pierre Steckiewiez à la fin du roman.

L'auteur: Léon Duvauchel


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(Roman de 200 pages au prix de 13,80€)