L'Hortillonne

Léon Duvauchel
Lettres de Picardie

Les hortillonnages du quartier La Neuville à Amiens
Les hortillonnages du quartier La Neuville à Amiens
"Elle pourrait cultiver cet hortillonnage, comme ils appellent ça, s’initier au travail spécial et devenir, au bout d’un an ou deux, tout en soignant l’enfant, s’il vivait, une hortillonne experte…"

Léon Duvauchel, enterré dans le cimetière du petit village de Saint-Jeanaux- Bois, en pleine forêt de Compiègne, a consacré une oeuvre romanesque aux "moeurs picardes". C’est le sous-titre de l’Hortillonne. À travers l’histoire d’une femme, ce roman fait revivre, avec la beauté surannée des photos sépia de l’époque, la vie quotidienne dans les hortillonnages d’Amiens et de Camon à la fin du XIXe siècle. Les expressions picardes fleurissent dans les dialogues, tout comme foisonnent les descriptions,
riches et précises, de métiers et de coutumes disparus.

Premières pages du roman

Elle se pendait au cou de l’amant, lui mettait des baisers sur les joues, sur les paupières, sur les pointes de la jolie moustache châtaine, aux intentions d’accroche-coeur, à laquelle se frôlait son visage en une suprême chatouille. Malgré la foule qui les entourait, les heurtait, les secouait à ses
remous: — toute la population d’Amiens accourue pour faire la conduite au régiment, — elle sanglotait ; ses larmes s’écrasaient sur la face du beau gaillard, un sergent-major d’une trentaine d’années, ou lui ruisselaient, amères et chaudes, jusque sur les lèvres. Et vainement il essayait de se
dégager sans brusquerie de l’étreinte qu’elle menaçait de resserrer encore et de prolonger. Il ébauchait des gestes superflus pour regagner le wagon des sous officiers, dont elle le tenait éloigné. Il prétextait l’obligation de surveiller ses hommes. Il lui faisait appréhender les curiosités fixées sur eux, blottis à l’écart, derrière un haut tas de traverses de bois hors d’usage et risquait, énervé, d’impatients haussements d’épaules qu’elle, en ce navrement de délaissée, ne remarquait pas.
Et pourtant elle baissait la voix, recourant à des pudeurs de langage négligées d’abord, n’osant l’afficher par le dévoilement du secret qui les liait.
Des spasmes coupaient ses phrases éplorées:
— Dis, quoi que j’vas devenir, à c’te heure ?… Moi qu’étais tant glorieuse de ma réputation, là-bas ! Ah ! Charlot, mon tiot Charlot… Non, j’aurais pas dû t’écouter, pour sûr !
— Eh ! puisque je te répète que je le reconnaîtrai, ton enfant ! Cette fois, son mécontentement se lâchait sans scrupule, cynique, brutal. Ainsi, d’un coup de pied, on éloigne un chien mendiant de caresses.
Ce lui fut, à la bonne bête aimante, un nouveau sujet de douleur :
— Mon éfant ?… mon éfant ?… Il n’est mie point à moi toute seule, pas vrai ?… Tu ne feras que ton devoir, en ce cas ! ...

Analyse de l'Hortillonne

L’Hortillonne, c’est Amiens et Camon avec ses hortillonnages où la vie coulait au rythme des semis, de l’entretien et de la récolte des radis, salades, carottes et autre légumes… Vie ô combien difficile: c’était bien le combat pour le pain, celui auquel elle se livrait, le corps plié à enfoncer le fumier coûteux, à cueillir l’avare légume…

C’est aussi, durant la seconde moitié du XIXe siècle, une société vivante, grouillante d’activité avec des métiers parfois oubliés ou bizarrement accolés: tireur de tourbe, charrieur d’agrumes, charpentier-débitant, marchand de vin-tailleur de bois, et même charcutier-débitant-violoneux-maître de danse !

Et c’est surtout l’histoire de Pulchérie et de Charles. Nous sommes en 1870. La servante accompagne le cousin de son maître qui part pour la guerre. Elle est enceinte et le sergent se réjouit d’échapper à son devoir. De retrouvailles en déchirements, l’histoire d’amour mue, après la naissance de Firmin, en histoire de sous.

Tandis que Charles gravit les échelons de la hiérarchie militaire, Pulchérie et Firmin accumulent les besoins, deviennent toujours plus exigeants, font preuve de haine à l’égard de l’épouse de Charles devenu capitaine, usent de chantage… et tentent même de la tuer.

Lire la suite de l'analyse de Jean Pierre Steckiewiez à la fin du roman.

L'auteur: Léon Duvauchel


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