Jean Richepin

Jean-louis Andreani
Auteurs

Jean Richepin
Chantez ! La nuit sera belle.
Le vieil homme sourit à l’enfant qui s’endort ;
Viens fermer sa paupière rebelle,
Sable fin du sommeil, sable d’or !
Chantez ! La nuit sera belle.
"La chanson du soir"
(Par le Glaive)

Ce fragment de poème tiré d’un florilège destiné aux enfants ne correspond guère à l’image de son auteur, Jean Richepin - du moins dans la première partie de sa vie, tant l’homme a connu un étonnant itinéraire littéraire et personnel, de l’anticonformisme connoté de révolte anarchiste, aux dorures de l’Académie française.

Né à Médéah (Algérie) en 1849, petit-fils de paysans et fils de médecin militaire breton, il accomplit de brillantes études et obtient sa licence de lettres en 1870. Il s’engage alors dans un corps de francs-tireurs de Bourbaki avant de mener une vie d’errance, tour à tour journaliste, professeur, matelot,
docker. Ce qui ne l’empêche pas de réussir ses débuts d’auteur et d’acteur de théâtre en 1873 (L’Etoile).

En 1875, il découvre le quartier latin, dont il devient l’un des éléments les plus excentriques, par son goût de l’indépendance et ses théories sociales truculentes. Le grand public le découvre en 1876 avec « La chanson des gueux », qui lui vaut un mois de prison, 500 francs d’amende… et la gloire. Voici une phrase caractéristique de l’oeuvre : " La vraie misère est celle des gens qu’on croit riches parce qu’ils n’ont pas le courage d’être pauvres."

Sa peine purgée, il s’engage comme matelot, tout en continuant à écrire. Dans les "Morts bizarres" (1877) il pousse très loin ses provocations : "Un crime n’est véritablement un chef-d’oeuvre que si l’auteur reste impuni. D’autre part, l’impunité n’est complète que si la justice condamne un faux coupable".
 Ce mépris des conventions sociales, des moeurs de certains de ses contemporains, va de pair avec son attachement aux bohèmes et aux malfrats.

Son élection à l’Académie française en 1908 (il fut reçu par Maurice Barrès en 1909) et les honneurs qui l’accompagnèrent – peut-être alliés aux effets de l’âge (il a alors 59 ans) – adoucissent  énormément sa plume vitriolique (comme en témoigne le poème cité plus haut).

Jean Richepin est l’auteur d’une dizaine de recueils de poésies (La chanson des gueux, les Caresses, La mer, Mes paradis…), d’autant de romans (La Glu, Miarka la fille à l’ourse, Braves gens…), de contes et nouvelles (Les mots bizarres, Contes de la décadence romaine, Prose de guerre…), de théâtre et de spectacles (Nance-Sahib, Le Chemineau, reprises de La glu et de Miarka sous formes de drames lyriques, par exemple). Il fut à plusieurs reprises le partenaire de Sarah Bernhardt.

La plupart de ses poèmes ont été mis en musique et interprétés : par lui-même à la Gaîté-Rochechouart mais aussi par Yvette Guilbert (La glu, 1918), Tino Rossi (Le paradis du rêve, 1937), Brassens (Les Philistins), Edith Piaf et Barbara (Les deux Ménétriers), Lucienne Boyer, Dalida et Tino Rossi (Mon coeur est un violon) et quelques-uns de nos contemporains tels Tonio Gémème, Eric Mie, le groupe Cap Horn ex Tonnerre de Brest etc.

Comme la plupart des écrivains de sa génération, Jean Richepin collabora à de nombreux journaux, voyagea en France, en Europe et en Afrique du Nord et joua un rôle citoyen : en 1912, il fut élu maire de Montchauvet (Yvelines) où il habitait le château des Trois-Fontaines.

Il mourut le 12 décembre 1926 à Paris. Il a été enterré à Pléneuf-Val-André (Côtes d’Armor) où il passait souvent ses vacances en compagnie de son ami Raoul Ponchon avec qui il avait formé le groupe des Vivants au quartier latin durant leur jeunesse. Ils y reposent côte à côte.

Notes sur l'écrivain par Jean-Pierre Steckiewiez

Roman de Jean Richepin édité par le Trotteur Ailé

Miarka, la fille à l’ourse, édité en novembre 2008 dans la collection Lettres de Picardie