Fernand Bertaux

Jean-louis Andreani
Auteurs

Fernand Bertaux était un type formidable et aimé de tous, affirme Jacqueline Lavallard, sa petite-fille, en se rappelant ses lointaines vacances chez son grand-père, quand elle n’avait pas dix ans, au 58 boulevard Chateaudun à Amiens, demeure qui existe toujours.
C’est à cette charmante dame née en 1924, habitant près de Péronne (Somme) que je dois les quelques renseignements et anecdotes qui suivent sur ce personnage attachant, aujourd’hui oublié.

Fernand Bertaux est né le 2 mars 1860 au Ronssoy, commune de la Somme située aux confins de l’Aisne ; il serait mort en 1934 à Amiens. Marié, il eut trois enfants : l’aînée, mère de Jacqueline Lavallard, puis un fils et une fille cadette qui mourut de la grippe espagnole durant la Grande Guerre.
Grande guerre au cours de laquelle, alors directeur de l’orphelinat de Cempuis (Oise), il évacua avec tous ses pensionnaires.

Fernand Bertaux exerça des fonctions politiques. Il militait au sein du parti radical-socialiste et fut un maire adjoint très apprécié à Amiens. Il fut également candidat à la députation.
Sa petite-fille se rappelle qu’il fit campagne… en battant la campagne juché sur une carriole à cheval empruntée à son fils cultivateur à Lempire (Aisne).

Ses activités littéraires se résument à deux romans, La Belle Picarde et La tard venue, sa mort l’empêchant d’achever le troisième. Si le dépôt légal de La Belle Picarde date de 1898, cette oeuvre fut publiée sous forme de feuilleton dejuin à décembre 1907 dans le journal Le Franc-Parleur de Montdidier.

Apparus au XIXe siècle, les feuilletons s’étaient multipliés dans la presse populaire. Ils possédaient un double avantage : promouvoir leurs auteurs tout en faisant bouillir leur marmite, d’une part ; augmenter sensiblement les tirages des journaux quand l’histoire plaisait, d’autre part. Les plus grands auteurs ont sacrifié à cette mode : Balzac, Daudet, George Sand, Flaubert, Théophile Gautier, Chateaubriand, Jules Verne, Alexandre Dumas, Eugène Sue, Paul Féval, Ponson du Terrail avec son fameux Rocambole… Une revue de détail digne de notre bon vieux Lagarde et Michard…

Ces feuilletons n’étaient pas toujours des romans saucissonnés. Certains auteurs, en véritables spécialistes, adaptaient leur production aux goûts et aux réactions des lecteurs en travaillant au jour le jour. Ces textes, traditionnellement publiés au bas de la page titre, étaient devenus un genre  journalistique et littéraire qui perdit sa notoriété après la Grande Guerre, en raison du fort développement de la radio.

Qu’en fut-il de La Belle Picarde éditée en 1898, publiée sous forme de feuilleton en 1907 ? A cette époque de faible alphabétisation, dans les campagnes, les journaux étaient lus en famille ou dans les lieux publics. Le feuilleton permettait donc de toucher un public beaucoup plus large que les romans.
Le message de la dédicace de Fernand Bertaux était clair : "A toutes les jeunes paysannes vermandoises que tenterait le décevant mirage de la Capitale…"  Il insistait même, avec la citation suivante, reproduite à la fois en page de garde et sur la couverture : "Restez au village". Signé : "le poète patoisant H. Crinon"…

Notes sur l'écrivain par Jean-Pierre Steckiewiez

Roman de Fernand Bertaux édité par le Trotteur Ailé

La Belle Picarde, édité en septembre 2008 dans la collection Lettres de Picardie