Au Coeur de la Grande Guerre le Soissonnais, 1914-1935

Jean-François Jagielski
Série Historique

Au Coeur de la Grande Guerre le Soissonnais, 1914-1935
Pendant quatre ans, le Soissonnais a été plongé au coeur des combats de la Grande Guerre. De Tracy-le-Mont dans l’Oise à Crouy dans l’Aisne, en passant bien sûr par Soissons mais aussi Autrêches, Vic-sur-Aisne, Fontenoy…, une grande partie du territoire a été dévastée, quelquefois occupée pendant trois ans. Pour la première fois, un ouvrage complet retrace ces événements qui ont tant marqué la région. Jean-François Jagielski, à la fois spécialiste de 14 -18 et habitant du Soissonnais, fait revivre les années de guerre à travers les témoignages des habitants et des combattants, mais aussi la période peu connue de la reconstruction, qui a permis à ce "pays aplati" de renaître".

Extrait

« À dater du dimanche 2 août, nous voyons partir successivement de Cœuvres tous les mobilisables de la première heure. Ils n’ont pas eu beaucoup de temps pour se  préparer et pourtant aucun retardataire n’est signalé. En hâte on leur serre la main, on leur souhaite  bonne chance et un prochain retour… Ils s’en vont assez gaiement :en tout cas pas un ne laisse voir un regret ou n’exprime une plainte contre cet appel au devoir qu’il faut si promptement satisfaire. Les épouses et les mères ont le cœur gros… leurs larmes coulent en silence… mais elles sont vaillantes et puis, il faut bien le dire, personne en ce moment ne se rend compte de la terrible réalité. “La mobilisation ce n’est pas forcément la guerre… ”, répète-t-on à satiété, “la guerre ce serait si affreux qu’aucun pays n’osera la commencer… sûrement on ne sera pas longtemps absent… on aura peut-être que 28 jours à faire… comme autrefois”. »
Ces propos sont rapportés par le comte Albert de Bertier de Sauvigny, maire d’une petite commune du Soissonnais, Cœuvres-et-Valsery entre Soissons et Villers-Cotterêts. Ils reflètent sans doute pour beaucoup les toutes premières illusions des mobilisables et de leurs familles. Tous viennent d’être plongés, bien malgré eux, dans le premier conflit mondial. Les hommes sont assurément prêts à faire leur devoir. Depuis 1889, la conscription obligatoire et  presque universelle leur a fait intégrer cette dimension incontournable de leur vie. Les femmes, sans doute plus perspicaces, semblent avoir compris que les propos rassurants et lénifiants tenus par les uns et les autres ne sont que de pure forme…
Nul ne sait encore que le village de Cœuvres va faire partie de la zone de l’immédiat arrière-front. Ce mot ne reflète d’ailleurs, à cette époque, aucune réalité tangible, ni dans les états-majors des armées belligérantes ni chez les populations civiles. Pour les habitants du Soissonnais, l’entrée en guerre est synonyme d’un départ des hommes pour des contrées lointaines, à l’Est : là doivent se dérouler, dans un laps de temps forcément très bref, un certain nombre de batailles aussi décisives qu’abstraites.
La guerre est là, nul n’en doute vraiment. Mais, pour une majorité d’habitants, qui, pour la plupart, vivent dans le Soissonnais depuis leur naissance, elle se déroulera et ne laissera ses traces néfastes que dans des terroirs lointains, différents. L’absence d’informations provoquée par la censure des journaux, l’arrivée précipitée d’habitants de la région de Verdun confirmeront dans les tout premiers jours du conflit cette vision presque rassurante. Mais des rumeurs venues de Belgique, avec les premiers réfugiés de ce pays voisin, évoquent toutes les massacres de populations civiles perpétrés par les Allemands. Elles contrarient peu à peu l’idée simple qui veut que les riches terres agricoles d’une région prospère soient épargnées par les mouvements de troupes, notamment en cette période de moissons. Le départ brusqué des fonctionnaires et de certains notables locaux, puis l’arrivée inattendue des premiers éléments du corps expéditionnaire britannique talonné par les Allemands, annihileront les derniers espoirs  des villageois. La guerre et ses désastres sont désormais aux portes d’une région condamnée à demeurer, pendant plus de quatre ans, au cœur des combats de la Grande Guerre.

L'auteur: Jean-François Jagielski

Jean-François Jagielski, 50 ans, est enseignant dans l’Aisne et membre du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre de 1914-1918 (Crid 14-18). Auteur ou co-auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à la première Guerre Mondiale, il a notamment publié Le Soldat inconnu. Invention et postérité d’un symbole (Imago, 2005) et, en tant que co-auteur, Combattre et mourir pendant la Grande Guerre (1914-1925), Imago, 2001 (prix Afforty 2002). Il prépare un nouvel ouvrage sur la Grande Guerre, écrit en collaboration avec Thierry Hardier.

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